La révolution ne se fera pas sur Twitter
Un article de Malcom Gladwell fait pas mal de bruit en ce moment sur les réseaux sociaux. Et pour cause: il met en question leur pouvoir. Et il tord le cou à l’idée selon laquelle les médias sociaux, comme Twitter ou Facebook, favoriseraient le militantisme et l’activisme politique.
L’article de Gladwell est Small change, why the revolution will not be tweeted. Il repose principalement sur deux arguments. Le premier, c’est que le militantisme nécessite des liens forts entre les personnes pour les pousser à agir et à vaincre les obstacles. Les réseaux sociaux, eux, ne créent que des liens faibles, propres à faciliter l’échange d’informations mais pas suffisants pour pousser les gens à l’action. Le deuxième argument tient à la structure des réseaux sociaux. Ils sont construits sans aucune hiérarchie. Or, la hiérarchie est nécessaire à l’action militante, notamment pour permettre aux personnes de se partager les tâches. La conclusion est claire: les réseaux sociaux sont plutôt les alliés du conservatisme que des révolutionnaires.
L’action militante a besoin de liens forts
Le long article de Malcom Gladwell débute par un exemple de militantisme. Ca se passe dans les années 60 aux Etats-Unis. Les noirs n’ont pas le droit de s’asseoir dans certains café. On refuse de les servir. Pour protester, quatre jeunes viennent s’asseoir dans un bar. Le lendemain, ils reviennent plus nombreux; chaque jour plus nombreux. La manifestation prend de l’ampleur et va permettre d’appuyer la lutte pour l’égalité des droits aux Etats-Unis.
Ce mouvement s’est produit par contagion, sans l’aide de Twitter ou de l’e-mail. Il est parti d’un petits groupes d’amis et s’est propagé grâce à des « liens forts » entre personnes.
Le mythe des révolutions sur Twitter
On nous a parlé récemment de révolution propulsées par Twitter. En Moldavie en 2009 et en Iran quelques mois après, le site de microblogging aurait joué un rôle important.
Gladwell met en doute ces deux exemples. Pour la Moldavie, le nombre d’abonnés à Twitter est trop faible pour qu’on puisse parler de révolution Twitter. Concernant l’Iran, il semblerait que la plupart de ceux qui ont Twitté étaient localisés en dehors de l’Iran.
Liens faibles et activisme a minima
Gladwell insiste sur un point: les liens entre les militants sont forts. Ces liens se sont renforcés au travers de rencontres et de discussions. Les quatre jeunes qui ont décidé de passer à l’action ont commencé par en parler entre eux pendant des semaines. Ils en ont ensuite parlé à des amis. Sans ces liens réels, l’action n’aurait sans doute pas été possible.
Les réseaux sociaux peuvent favoriser des actions militantes, mais elles reposent sur des liens faibles. Gladwell cite le cas d’une personne en recherche d’un donneur de moelle osseuse. En envoyant des e-mails à 400 personnes, qui en ont contacté d’autres, la personne a fini par trouver un donneur.
Des actions qui ne requièrent pas de sacrifice
Ce qui a fonctionné, dans ce cas, ce sont des liens avec des personnes que l’on n’a jamais rencontré, des amis virtuels. Et ces personnes ont accepté de faire un « petit geste »: transmettre un message, pour une bonne cause. En somme, l’activisme sur les réseaux sociaux fonctionne à condition qu’on ne demande pas beaucoup aux personnes. D’ailleurs, en observant les collectes de dons pour des grandes causes (Darfour, Haïti) sur Facebook, on relève que la moyenne des dons est très faible: de 0,09$ à 0,35$. Gladwell conclut: l’activisme sur Facebook réussit non pas en motivant les gens à faire de réels sacrifices mais en les motivant à faire des choses qui ne recquierent pas de réel sacrifice.
Hiérarchie vs réseau
La deuxième distinction entre l’activisme traditionnel et l’activisme sur Internet tient à la structure même du réseau.
Les organisations traditionnelles (partis, syndicats, groupes militants) sont structurés et hiérarchisés. A leur tête il y a des chefs. Les tâches sont réparties entre les personnes. On sait qui fait quoi.
Les médias sociaux sont des réseaux. Ils ne sont contrôlés par personnes. Les décisions sont prises par consensus et par accord entre les personnes.
Ce fonctionnement en réseau est efficace pour certaines tâches. Par exemple, pour créer l’encyclopédie en ligne Wikipedia, cela fonctionne. La collaboration s’effectue naturellement entre des personnes passionnées qui agissent à leur guise.
Mais en cas d’action plus risquée, le réseau est moins efficace. Dans ce cas, il faut au contraire une action concertée de toutes les personnes.
Révolution à Wall Street
L’article de Gladwell se conclut par un exemple d’action sur Internet, tiré d’un livre de Clay Shirky, professeur à New York. Deux personnes travaillant à Wall Street ont perdu un téléphone portable. Un jour elles retrouvent leur téléphone dans les mains d’une adolescent du Queens. Elles s’adressent à la police pour signaler que le téléphone a été volé. La police classe l’affaire comme si l’objet avait été perdu et non volé. Après maintes péripéties, elles réussissent à faire agir les gens sur Myspace, Digg et par e-mail. Finalement, le téléphone est restitué et le petit malfrat arreté.
Pas ennemi du status quo
Clay Shirky se réjouit de ce type de mobilisation, qui n’aurait pas pu avoir lieu avant Internet. C’est juste répond Gladwell, mais selon lui ce type d’action favorise le retour à l’ordre. Les réseaux sociaux ne sont pas ennemis du statu quo, dit-il avec ironie. Et il conclut: « un monde de réseaux avec des liens faibles est parfait pour aider des employés de Wall Street à récupérer leur téléphone pris par des adolescentes. Viva la revolution. »
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Tags: facebook, gladwell, Medias, reseau social, social, twitter
septembre 30th, 2010 at 16:07
« l’activisme sur Facebook réussit non pas en motivant les gens à faire de réels sacrifices mais en les motivant à faire des choses qui ne requièrent pas de réel sacrifice. »
Bien vu. Des manifs organisées sur FB ont vu de fait très peu de personnes.
septembre 30th, 2010 at 16:19
@Polluxe,
et ce que j’aurais aimer ajouter c’est que, dans ce contexte, le blog retrouve toute sa force. Le blogueur est quelqu’un qui essaie de créer des liens forts!
Merci pour ton com’
septembre 30th, 2010 at 22:00
Si l’analyse est interessante, et donc sa retranscription aussi, deux points me semblent pouvoir etre discutés : la hierarchie existe sur twitter. Certaines personnes ont une capacité d’influence supérieure aux communs des utilisateurs, leur parole sera plus ecoutée. Il est vrai cependant que l’on peut s’interroger sur la stabilité de cette hierarchie et sur sa legitimité. Ensuite cette notion de « lien faible / lien fort » me semble tres approximative. Une chose est sure, la force d’un outil tel que Twitter reside dans son pouvoir de diffusion / de propagation d’une idée. Et les revolutions, c’est bien connu, commencent toujours par les idées !
octobre 1st, 2010 at 09:24
@Geris,
Oui, ta conclusion est juste, très juste. Ne sous estimons pas le pouvoir des idées. Ce sont elles qui transforment le monde. Et donc, on peut admettre que Twitter, en tant que moyen de propager des idées, sera utile à la transformation du monde. Les théses de Gladwell sont discutables, faites pour être discutées.
Concernant la force des liens, cette notion me semble très importante, dans un contexte militant. Faire partie d’un groupe, s’entraider, faire avancer des idées, cela demande une implication forte. Cette distinction lien forts liens faible me semble le côté le plus convaincant du papier.
octobre 1st, 2010 at 11:13
La révolution se fera grâce à http://www.pearltrees.com ; c’est une nouvelle manière de partager son savoir, ses pages internet, ses connaissances, de se structurer!!!
J’adore!
octobre 1st, 2010 at 22:00
Merci l’ami !
Perso, quand je donne c’est plutôt de l’ordre de plusieurs unités…
Bref, une fois passé la considération égocentéé, ce papier (celui de Gladwell comme le tien) est très intéressant en ce qu’il met en avant surtout le côté « mouais, so what? ».
Si Twitter n’existait pas, faudrait-il l’inventer ? Est-ce son but, la révolution ? D’accord que ceux qui se gargarisent exagèrent et sont surtout attentistes…
Disons qu’à l’heure de la multiplication des médias, autant se utiliser tous les médias disponibles plutot que d’attendre LE média.
Après, il faudra toujours un leader (ou un groupe de leaders) pour un changement radical…
octobre 1st, 2010 at 22:10
@Jon,
Ce qui est surtout à critiquer, c’est ceux qui propage ce discours comme quoi la révolution (ou le changement, le progrès) se ferait via les médias sociaux. Les médias sociaux, en eux-mêmes, sont neutre.
On peut se demander « pourquoi cette affirmation selon laquelle les médias sociaux favoriseraient le changement (et non le statu quo) ». Peut-être qu’on entend ce discours parce qu’il y a besoin de changement?
octobre 1st, 2010 at 22:16
Oui le terreau est là !
Les médias sociaux ne sont qu’une ex-croissance de l’existant mou…
octobre 18th, 2010 at 15:54
[...] tweetez des messages appelant à la révolution sur votre [...]
janvier 12th, 2011 at 14:15
[...] revolution will not be tweeted » publié dans le New Yorker le 4 septembre dernier et cité par Eric Mainville [...]
février 26th, 2011 at 17:31
[...] y a quelques temps, j’avais relayé un article de Malcom Gladwell, la révolution ne se fera pas sur Twitter. Quelques mois et quelques révlutions après, le même Malcom Gladwell tente de justifier son [...]
mai 31st, 2011 at 01:57
Trying to become assertive can be very hard. It takes a lot of work and dedication to achieve it. However, with the right tools, anybody can reach their goal of becoming assertive.