Savez-vous dire non à un média participatif?
Hier, j’ai été contacté par une chaine de télévision qui cherchait des témoignages sur un comique français des années 80. Il se trouve que j’ai publié un article sur lui il y a quelques années.
La journaliste m’a expliqué qu’elle cherchait des témoignages de Français dans une démarche participative. Me sentant un peu l’âme participative, je lui a demandé de quoi il retournait. Il fallait se filmer avec une webcam. J’ai donc dit non: je n’ai pas envie (ni le temps) de me filmer.
Cela n’enlève rien au caractère sympathique de la jeune femme et de la démarche participative.
Mais quand on dit non, on croit qu’on va rater quelque chose d’amusant ou de valorisant. Le participatif a un goût de « pourquoi pas moi? » et de « peur de manquer une opportunité« . C’est ce qui fait sa force.
Se demander pourquoi vous le faites
Quelles sont les motivations qui poussent les gens à participer aux médias participatifs? La gloire? L’amusement?
Certains de ces sites vous proposent de reprendre vos billets de blogs, vos photos, vos vidéos, etc.
Comme l’explique bien le blog econsultancy, il est important de se demander pourquoi on fait telle ou telle chose, avant de les faire.
Certains chroniqueur bénévoles du Huffington Post ont râlé contre le site quand ils ont vu qu’ils ne seraient jamais payés. Pourtant, ils devaient le savoir avant.
En effet, le Huffington Post n’a jamais caché ses intentions. Il savait où il allait. Il misait sur le participatif pour créer de l’audience. D’ailleurs, tous les médias le font. Quand France inter, par exemple, invite un écrivain ou un homme politique, celui-ci est bénévole.
315 millions de $
Aujourd’hui, le Huffington Post s’est vendu à AOL pour 315 millions de dollars. Mais, pour les chroniqueurs bénévoles, à qui le Huffpo doit sa renommée, son contenu, et sa valeur, il ne reste rien. Rien, sinon le plaisir d’avoir participé.
Et vous, est-ce que vous avez déjà dit non à un média participatif?
avril 7th, 2011 at 09:00
sans participation, il n’y a plus de media participatif…Je dis non en général parce que toute peine mérite salaire d’une part et aussi parce que je n’ai pas envie forcément d’être associée à tel ou tel média. C’est l’avantage du blog « indépendant » (un site serait sans doute mieux, vu que ce n’est pas bien cher, mais j’ai la flemme…) on est chez soi. Cela dit, je fais du « cross posting » (coupé collé aménagé)de mon blog sur mediapart parce que personne n’y parlait de théâtre ou presque et que j’ai un peu un esprit militant sur le spectacle vivant.
avril 7th, 2011 at 09:13
Donc, tu participes. Ce qui est intéressant c’est que ta motivation est liée au projet. C’est parce que c’est Mediapart.
avril 7th, 2011 at 09:26
@marsupilamima C’est parce que tu es journaliste, au départ, peut-être. Un internaute qui participe à un média participatif (désolée pour la répétition) le fait, à mon avis, parce que le projet l’intéresse (comme toi avec Mediapart) mais aussi parce que cela lui donne l’occasion de prendre la parole. Il peut le faire avec un blog, bien sûr, mais trouver son public quand on est blogueur, c’est long et délicat.
Sur Yagg (média participatif avec une plateforme de blogs), nous mettons régulièrement en avant, en page d’accueil, des posts de blogueurs, qui sont du coup beaucoup plus lus puisque plus visibles. C’est aussi une motivation, double: la visibilité et l’occasion de s’essayer à autre chose, que ce soit du texte, de la vidéo etc. Quand on n’a pas fait de la transmission de l’information son métier, ça peut être un loisir
avril 7th, 2011 at 09:44
@Judith,
Oui, d’accord avec cette motivation: avoir l’occasion de prendre la parole dans un contexte, un média, en particulier.
avril 7th, 2011 at 09:51
@judith. Tu as sûrement raison sur ce qui peut motiver des gens qui n’ont pas d’autre occasion de s’exprimer. Mais j’ai l’impression que certains en profitent. Je reçois plein de demandes de gens qui me disent « j’adore votre blog et j’aimerais bien que vous veniez contribuer à notre nouveau site culturel « , et c’est de la com, sans plus
avril 7th, 2011 at 09:57
@marsupilamima Bah oui, après il faut que les médias fassent preuve d’un peu de déontologie et ne profitent pas de la situation, mais c’est un éternel problème!
avril 7th, 2011 at 11:28
Les blogueurs orléanais sont individuellement invités de manière récurrente à discuter de l’actu sur France Bleu dans une émission qui ressemble « aux grandes gueules ». Au départ, j’y suis allé par conviction militante et espérant que cela ramènerait des gens sur mon blog. En fait, ça m’a apporté de la notoriété mais pas de trafic, je crois. Après 3 ans d’émission, j’y vais juste pour le plaisir…
Un moment, j’ai été sollicité par un gratuit local qui me promettait… de la notoriété et une audience papier. Sachant que cela enlevait du boulot à de vrais journalistes qui avaient besoin de ça pour vivre, j’ai demandé de l’argent, ce qui a été refusé. Je n’ai donc pas donné suite car ça ne me parait pas très clean envers la « profession »
avril 7th, 2011 at 11:41
@Miguel,
Oui, refuser de travailler à l’œil, c’est une forme de solidarité. Mais, même sans cela, tout travail mérite salaire!
En revanche, ta participation à une émission de radio, c’est différent. C’est une vraie opportunité de toucher un public plus vaste.
avril 7th, 2011 at 12:50
Moi je participe surtout pour les œuvres caritatives ou des causes importantes pour moi qui peuvent profiter de ma plume pour obtenir de la visibilité. Mon JE, ME, MOI n’est pas important. En bout de ligne j’en retire toujours un petit quelque chose.
avril 7th, 2011 at 14:01
De manière générale, sait-on dire non quand on nous demande notre avis ? Certains habitués des plateaux TV et radio, bien connus du grand public et souvent sollicités, ne savent pas dire non, même quand ils ne sont ni vraiment légitimes ni vraiment pertinents.
avril 7th, 2011 at 14:13
@Mon oncle’,
Oui, la participation garde son côté « spontané ». En échange d’un petit investissement en temps, on peut faire entendre sa voix, ou participer à une bonne œuvre.
@Enikao,
Oui, on peut généraliser.
Mais pour ceux qui trustent les plateaux télé ou radio, c’est une démarche médiatique payante. Note au passage qu’on n’a jamais demandé à un blogueur de participer à « On refait le monde ». Ce n’est pas du participatif: c’est autre chose alors!
avril 7th, 2011 at 14:19
Comme d’autres blogueurs j’en ai marre de l’économie de la gratitude. J’ai notamment écris ce billet suite au rachat du Huffington Post par AOL qui n’a profité qu’à Arianna Huffington:
http://monecranradar.blogspot.com/2011/03/les-blogueurs-sont-fatigues-de-toute.html
Mais comme la plupart des blogueurs j’ai du mal à dire non: le plaisir de participer et surtout d’écrire pour être lu. Mais le fait est que je me sens comme un jaune quand je donne gratuitement un papier à un site d’info à but lucratif qui aurait normalement du payer un pigiste. Moi je peux me le permettre étant salarié d’un grand journal, mais je pense à mes confrères précaires. En contribuant gratuitement à des sites qui ont un modèle économique basé sur l’audience et qui en tirent des recettes publicitaires, nous sommes en train de dévaloriser l’information et de flinguer l’ensemble de la profession. Avant de bloguer gratos, il faut y réfléchir à deux fois, distinguer un media associatif ami d’une start-up qui ambitionne de faire son beurre sur le dos des blogueurs et des journalistes au chômage…
Dans l’idéal, j’espère que les grands médias reconnaîtront un jour le talent des meilleurs blogueurs et qu’ils paieront pour voir.
JCF
avril 7th, 2011 at 14:30
Tiens, moi aussi, on vient de m’harponner sur le thème du plaisir de participer à un gros média… sauf que je sens bien la condescendance de ceux qui consentent à offrir un peu de « notoriété » et qui, effectivement, ne se posent pas de question existentielle du genre : « est-ce que je prends du plaisir à écrire dans une pièce à 16°C parce que je n’ai pas le fric pour remplir ma cuve?
Donc, c’est toujours super ce que je fais, tant que je veux bien le donner. Et puis, entre nous, la notoriété, je m’en fous. Je pense que je vais finir par balancer tout ce gentil petit monde de profiteurs sur mon petit blog insignifiant et mettre fin à cette connerie d’économie de la flatterie!
avril 8th, 2011 at 00:10
quand j’ai commencé mon blog, je me suis maintes fois posé la question. Pourquoi accepte-t-on comme expert, blogueur etc de bosser gratos sur les sites en ligne (pure players ou pas). Cela n’arriverait jamais (sauf éventuellement en page opinions ou dans le courrier des lecteurs) dans un journal papier. Quant aux plateaux télé, ma seule expérience remonte à mon poste de correspondante en espagne et j’ai vite arrêté. Il faut arriver au moins une heure avant pour maquillage et coup de peigne. Pas payé. Éventuellement on vient te chercher ou on t’envoie un taxi et tu reviens à tes frais, pas démaquillé…
avril 8th, 2011 at 07:45
@marsupilamima Je connais plein de journaux papier qui ne paient pas. Peut-être pas chez les grands, les connus, mais dans la presse « de niche », c’est très courant.
avril 8th, 2011 at 08:54
j’en connais plein qui payent mal ou uniquement quand on revient à la charge plusieurs fois, mais pas du tout, zut alors. Et c’est heureusement, totalement illégal…que font les prudhommes?
avril 8th, 2011 at 10:43
@JC Feraud,
« En contribuant gratuitement à des sites qui ont un modèle économique basé sur l’audience et qui en tirent des recettes publicitaires, nous sommes en train de dévaloriser l’information et de flinguer l’ensemble de la profession. »
La dévaloriser ou l’enrichir! C’est ambigu: participer c’est enrichir d’un certain côté.
@Le Monolecte,
Tout envoyer balader, non!
Mais être sélectif, ne pas se brader, oui!
@Marusupilamima,
Pour les plateaux télés, j’ai entendu récemment Rocard se plaindre: on n’est pas payé, il faut des frais de costume considérables…
avril 8th, 2011 at 11:11
moi je m’habille avec ce que j’ai, j’ai pas de frais de costumes (ni de notes de frais). Mais je suis tout à fait d’accord avec JC Ferraud et Monolecte, le journalisme pour se faire plaisir, c’est pas terrible et c’est dangereux
avril 8th, 2011 at 12:01
@Marsupilamima,
Pas terrible: oui, souvent.
Dangereux? En quoi?