De la convivialité
Dans une période de crise, beaucoup veulent changer de modèle de société. D’autres se penchent sur les idées un peu oubliées, comme celle de convivialité, défendue par Ivan Illich dans les années 1970.
Un colloque s’est tenu sur le sujet, dont on a tiré un livre, De la convivialité. Je ne sais pas s’il sera beaucoup lu (le contraire est à prévoir!), mais il me semble une bonne source d’inspiration. La convivialité est un prisme au travers duquel on peut regarder les initiatives nouvelles qui surgissent du bas de la pyramide (BOP). Des signaux faibles qu’on a peine à percevoir, mais qui, au bout du compte, produiront une révolution. Révolution, déjà, dans notre façon de penser.
1. La convivialité, selon Illich
Je ne saurais définir ce qu’Ivan Illich et ses successeurs entendent précisément par « convivialité ». Le mieux est de se reporter à leurs livres.
Mais, si je voulais donner une définition simple, ce serait ainsi. Illich attribuait l’adjectif « convivial » pour définir certains outils. Un outil convivial est un outil qui me libère, un outil non convivial est un outil qui m’aliène. Jusqu’à un certain point on peut dire que les machines nous utilisent plus que nous ne les utilisons. La télévision capte notre attention et, à partir d’un certain seuil, nous ne sommes plus vraiment maître de l’addiction qu’elle produit.
La contre-productivité est un autre concept central chez Illich.
Selon lui, les institutions deviennent contre-productives, passé un certain seuil. Lui, qui a beaucoup étudié la médecine, a notamment voulu démontrer que l’institution médicale a d’abord été très efficace au début du Xxe siècle, quand elle a vaincu de nombreuses maladies. Par la suite, l’institution est devenue bureaucratique, elle s’est nourrie elle-même et elle est devenue contre-productive. Et que dire de l’industrie du médicament?

Voici des domaines où la contre-productivité s’observe:
- Automobile: l’auto est une belle invention quand elle reste un outil aristocrate; dès lors qu’elle se démocratise, apparaît l’embouteillage, la pollution, et autres désagréments liés à la bagnole.
- Enseignement: l’institution éducative a suivi à peu près la même dérive que la médecine. Sans parler de « mammouth », qui peut nier les dysfonctionnement de l’enseignement?
- Médias: ce thème, je crois, n’est pas développé par Illich, mais on peut se demander si, passé un certain seuil, l’institution médiatique ne devient pas contre-productive? Les sujets qui passionnent les médias de masse (ou la masse des médias…) sont souvent frivolités, pipoleries et autres faits divers. Le blog, au contraire, peut se révéler un outil convivial.
- Finance: le développement de la finance a été très important ces dernières années, au point que ce secteur est devenu quasiment indépendant de l’économie elle-même. Là encore, une institution a atteint un seuil où elle devient dangereuse, entrainant des crises en chaîne.
3. Des idées conviviales
En remède à la crise, à la marge, se développent des milliers de nouvelles initiatives. Nombreuses d’entre elles sur Internet. Nombreuses d’entre elles sont parties de la base de la pyramide: l’initiative est venue des gens eux-mêmes, des utilisateurs lambda, et non d’un gourou ou d’un grand chef.
- Économie collaborative: de nombreuses initiatives se développent en ce sens. Elles sont belle et bien conviviales car elles s’adaptent au besoin des gens.
- L’homme au centre de l’économie: la convivialité suppose de mettre l’homme au centre de l’économie et donc d’inverser notre vision de la société. Le but ultime est le « bien vivre » et non le bien être. Le bien être, c’est le confort. La recherche du bien être va de pair avec la recherche de la croissance économique. Or, cette logique, à partir d’un certain seuil, ne concorde plus avec la recherche du bien vivre. C’est ce que montre, notamment, la réflexion actuellement menée sur les nouveaux indicateurs.
- Écologie et développement durable: la réflexion écologique est globale. Elle suppose une autre façon d’envisager les conséquences de notre action sur la planète.
octobre 14th, 2011 at 23:11
C’est marrant je travaille justement en ce moment sur un projet qui devrait améliorer l’utilisation de notre temps libre …
octobre 15th, 2011 at 11:41
Si moi je l’ai lu aussi et je suis bien d’accord avec toi
C’est très 2.0 en fait comme approche, dans l’esprit !
octobre 17th, 2011 at 09:38
@Simon,
Intéressant. Tu en parleras sur tes blogs?
@Anne-So,
Oui, même si le 2.0 est aussi une récupération marketing de beaucoup de concepts. Il est bien de revenir à la source…
octobre 17th, 2011 at 15:35
J’avais pour ma part évoqué il y a quelque temps un théorie selon laquelle, il en coûterait de plus en plus cher à un individu lambda de « rencontrer réllement » les autres, dans une société ou tout incite a rester calfeutré chez soi, face à son écran TV ou d’ordinateur, avec tout livré à domicile et les « relations sociales » à travers les mails, webcam, twitter et autres facebook. Quand dna sun même temps, sortir de chez soi, avec la hausse de l’essence, les cvamera de vigilance, la soi-disant déleinquence et la « distance » en plus de la hausse des tarifs dans les bars restaurants (ou on ne peut plus funer), etc… rebuterait de plus en plus les gens. En ce sens, je recommandais de ne pas se laisser choir dans la facilité du virtuel et de retourner au réel, à la « convivialité » donc.
octobre 17th, 2011 at 17:11
@BertranD,
Oui, je crois que tu as raison (et peut-être tristement raison). Le virtuel est un sorte de ticket d’entrée vers l’autre, un ticket d’entrée qui coûte plus cher selon les individus…
octobre 18th, 2011 at 00:11
pour ce qui est de la contre productivité suivre le lien http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Parkinson la loi de Parkinson !
octobre 18th, 2011 at 07:02
@Thierry,
Oui, merci pour le lien.
octobre 18th, 2011 at 08:41
Oui j’en parlerai quand ça sera fini mais quelque part je me demande si ce n’est pas aussi un concept aliénant … tout dépend de ce qu’on veut bien faire des outils et du temps qu’on leur accorde !