La résilience du blogueur

blogIl a suffit d’un article du Monde, demandant « les blogs sont-ils en déclin ?» pour que la blogosphère soit en émoi. Et non, justement ! La « blogosphère » ne s’est pas mise en émoi, à l’exception d’une dizaine de blogs, parmi les mieux référencés, personne n’a réagi à l’article du Monde.

Cela confirme le déclin des blogs, dirait le premier tweeteur venu.

Les blogs ne sont pas en déclin

Pas si vite ! Comme l’a bien dit Benoît Raphaël, les blogs n’ont jamais été aussi nombreux. Mais certains blogueurs choisissent de s’héberger sur l’annexe d’un grand média, comme le Plus de l’Obs. La conversation continue, mais ailleurs, pas seulement sur Twitter et Facebook.

La mort des blogs, on la proclame régulièrement, mais elle fait bien rire Pierre Chappaz. L’entrepreneur du numérique exhibe des chiffres de croissance qui prouvent la vivacité du fait blog.

La blogosphère est un leurre

Mais qu’est-ce qui donne cette impression que les blogs, « ce n’est plus comme avant ? »

Certes, les réseaux sociaux ont débauché une bonne partie des causeurs du web.

Mais le problème n’est pas là. Les blogs incarnaient l’utopie d’une nouvelle communauté, la blogosphère. Et « si tous les gars du monde voulaient se donner la main » et s’ils bloguaient de concert, ça changerait le monde, feignait-on de croire.

L’utopie de la blogosphère est née dès le début. Qui a lancé l’idée ? Je soupçonne une cellule marketing du côté de la Silicon Valley.

En fait, si quelque chose est en déclin, c’est bien cet idéal d’une communauté, d’une tribu dionysiaque, ou pas, où chacun partagerait dirait son mot, apporterait sa pierre à l’édifice.

L’auteur de l’article du Monde, Olivier Zilbertin, le dit dans un billet publié sur son blog personnel. Il n’a pas écrit que les blogs étaient mort, en revanche il déplore la privatisation du débat citoyen par les marques et les médias traditionnels.

De même, les inventeurs de Facebook ou Twitter n’ont pas misé sur notre capacité à faire communauté, mais sur notre narcissisme, sur l’exhibitionnisme de certains et le voyeurisme de beaucoup d’autres.

La blogosphère ne serait donc qu’un leurre ?

La résilience du blogueur

Face à ce ratage de l’utopie, le blogueur fait preuve de résilience (wikipedia). Il continue ! Il a toujours quelque chose à dire.

Comme l’écrit Fred Cavazza, le blog reste le meilleur outil pour exprimer ce que vous avez à dire, surtout si ça prend plus de 140 signes (Twitter) et si c’est autre chose qu’une blague potache (Facebook).

Les blogs ont été adoptés par les entreprises pour développer leur stratégie de contenu, par les ONG pour défendre leur cause. Ils continuent d’être utilisés par les individus pour se distraire, partager, échanger ou apprendre, démontrer leur expertise.

Le blogueur est un expert qui n’a pas trouvé sa place dans les deux agoras reconnues : les médias traditionnels (télé, radio) et l’université (et l’édition).

A l’instar de Paul Jorion, l’ethnologue, on lui prête d’abord une faible attention, puis celle-ci grandit à mesure que croît son audience. Cette petite communauté autour de lui ne forme pas une blogosphère, terme malheureux, mais un lectorat. Car les blogs _ et c’est pour ça qu’on publie moins _ nous ont aussi donné le goût de lire.

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