La fable des abeilles

La fable des abeilles, publiée par Bernard de Mandeville en 1714, raconte la vie d’une ruche. Celle-ci est à l’image de la société où vivait l’auteur hollandais. Les abeilles y butinent à leur guise, plus poussées par le vice et la corruption que par l’honnêteté. Mais, au final, leur communauté prospère.

« Chaque ordre était ainsi rempli de vices, mais la Nation même jouissait d’une heureuse prospérité ».

Un jour, la ruche proteste. Elle réclame plus de justice et d’honnêteté.

« Bon Dieux ! accordez-nous seulement la probité ! »

Les dieux exaucent la prière des abeilles. Elles sont délivrées de la fraude. La droiture gagne les cœurs.

Peu après l’économie de la ruche se dégrade. Les abeilles devenues honnêtes, la Justice est ruinée.

« Dès ce moment, le Barreau fut dépeuplé. Les débiteurs acquittaient volontairement leurs dettes, sans en excepter même celles que leurs créditeurs avaient oubliées. On les cédait généreusement à ceux qui n’étaient pas en état de les satisfaire. S’élevait-il quelque difficulté, ceux qui avaient tort restaient modestement dans le silence. On ne voyait plus de procès où il entrât de la mauvaise foi et de la vexation. Personne ne pouvait plus acquérir des richesses. La vertu et l’honnêteté régnaient dans la Ruche. Qu’est-ce donc que les avocats y auraient fait ? »

D’autres métiers disparaissent : plus de voleurs à emprisonner, donc plus de travail pour les gardiens de prison et les serruriers.

Le goût du luxe disparaît, faisant chuter les prix. Les abeilles perdent leur emploi. La ruche dépérit. Elle tombe en récession.

« A mesure que la vanité et le luxe diminuaient, on voyait les anciens habitants quitter leur demeure. Ce n’était plus ni les marchands, ni les compagnies qui faisaient tomber les manufactures, c’était la simplicité et la modération de toutes les abeilles. Tous les métiers et tous les arts étaient négligés. Le contentement, cette peste de l’industrie, leur fait admirer leur grossière abondance. Ils ne recherchent plus la nouveauté, ils n’ambitionnent plus rien. »

Enfin, des ennemis attaquent la ruche. Beaucoup d’abeilles meurent. Les survivantes se réfugient dans un tronc d’arbre creux.

Moralité de la fable :

« Quittez donc vos plaintes, mortels insensés ! En vain vous cherchez à associer la grandeur d’une Nation avec la probité. »

Pour Mandeville, le vice favorise l’économie. Il est un mal nécessaire et un bien pour le commerce.

« C’est ainsi que l’on trouve le vice avantageux, lorsque la justice l’émonde, en ôte l’excès, et le lie. Que dis-je ! Le vice est aussi nécessaire dans un Etat florissant que la faim est nécessaire pour nous obliger à manger. Il est impossible que la vertu seule rende jamais une Nation célèbre et glorieuse. Pour y faire revivre l’heureux Siècle d’Or, il faut absolument outre l’honnêteté reprendre le gland qui servait de nourriture à nos premiers pères. »

Mandeville a été critiqué en son temps. Le théologien John Wesley l’a dénoncé comme un dépravé comparable à Machiavel. Des tribunaux ont condamné ses idées. Son livre a été brûlé en public par les bourreaux en France. Les philosophes David Hume et Jean-Jacques Rousseau comptaient parmi ses adversaires, écrit Tomas Sedlacek, auteur l’Economie du Bien et du Mal.

Mandeville, représentant de la philosophie de la « cupidité nécessaire » aurait sans doute moins d’adversaires aujourd’hui.

Mais il aurait à répondre à une autre question : ce qui est bon pour l’économie est-il bon pour l’homme… et pour l’abeille qui est devenue une espèce menacée, en raison justement du développement de l’économie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.