Le positionnement gagnant de Michel Houellebecq

Un grand écrivain, c’est celui qui est différent et non celui qui essaie d’être meilleur que les autres dans leur catégorie. C’est ce que dit Michel Houellebecq dans un discours* :

« Sur la richesse des nations : le meilleur moyen de survivre n’est pas de produire la même chose que tout le monde, en étant plus compétitif ; c’est de produire quelque chose que personne d’autre ne peut produire. Sur le plan culturel, même : si mes livres sont appelés à survivre, ce ne sera pas parce qu’ils sont meilleurs que les autres ; c’est parce qu’ils sont différents. Un auteur qui survit, c’est un auteur qui écrit des livres que personne d’autre ne peut écrire. »

L’auteur des Particules élémentaires exprime un principe du marketing : l’essentiel c’est d’avoir un bon positionnement. Être différent permet d’être reconnu et d’échapper à une concurrence trop nombreuse.

La différence de Michel Houellebecq a sauté aux yeux de ses premiers lecteurs. Il traite de sujets déprimants. Ses héros souffrent de la haine de soi, ils incarnent le déclin de l’occident.

Quand Houellebecq est apparu, au début des années 2000, les écrivains pratiquaient l’autofiction. Ils étaient nombrilistes et satisfaits d’eux-mêmes. Leur vision du monde était positive ou bien ils ne s’intéressaient pas au monde, uniquement à leur ego.

Au lieu de lutter contre des confrères qui écrivaient des livres dans le même genre, Houellebecq était quasiment seul à écrire sur le désespoir des occidentaux.

Mais le positionnement de Houellebecq n’était pas sans risque. Les sujets qu’il traite sont ardus. Il a subi des attaques : on lui reprochait de voir le monde en noir, et de montrer la réalité telle qu’elle est.
Il faut être un peu pervers pour décrire une société sans espoir. Houellebecq est différent, il passe pour le dépressif de service.
Son génie fut d’être clairvoyant. Bien avant les autres, il a montré les conséquences funestes de mai soixante-huit et de la libération des mœurs.

Le positionnement de Michel Houellebecq n’a donc rien d’un « coup de pub ». Le romancier a tiré la vérité du fond de ses tripes. Il a marché dans le désert, sans s’arrêter. Il a constaté qu’il était seul : il avait trouvé le positionnement gagnant.

*discours prononcé lors de la réception du prix Oswald Spengler, publié dans Valeurs actuelles.

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